Cheikh Saliou Mbacké : Le témoin et l’esprit vivant de Serigne Touba
Le 28 décembre 2007, Cheikh Saliou Mbacké nous quittait emportant avec lui, à 92
ans, notre amour et notre affection. Mieux encore, notre respect et
notre admiration pour rejoindre son vénéré père et maître, Serigne Touba
Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké Khadimou Rassoul (Psl) après 17ans de
Califat qu’il exerçât à la tête de la communauté mouride.
Cheikh Saliou vit le jour en 1915 à Diourbel au moment où Serigne Touba
(Psl) y était détenu en résidence surveillée par les autorités
coloniales. Son accession au Califat, le 13 mai 1990, fut marquée par
son mémorable sermon prononcé un jour de Korité du 5 avril 1992 à Touba
et dans lequel il dit : «Hormis l’Islam et par conséquent la gestion de
l’héritage de Serigne Touba Cheikh Ahmadou Bamba (Psl), rien ne saurait
retenir mon attention, encore moins susciter de ma part commentaires ou
directives quelconques». Et toujours le Saint Homme de poursuivre sa
détermination de contribuer à la rénovation (yeesal) de la voie initiée
par ses prédécesseurs de Cheikh Mouhamadou Moustapha à Cheikh Abdoul
Khadr Mbacké l’Imam des Imams et dont la communauté mouride a célébré,
le 20 décembre dernier, la naissance de celui qui fut, pendant 11 mois
(1989-1990), le quatrième Khalife de Serigne Touba (Psl).
Il procéda ainsi à la promotion de l’Islam, à travers la
fructification du legs de son illustre père, par l’implantation des
daaray tarbiya (centres d’enseignement religieux et d’éducation par la
pratique) qu’il confia à des formateurs bien préparés. Il accordait une
importance capitale à l’éducation des enfants et leur vouait une
affection extraordinaire. L’exemple de Khelcom qu’il mit en place, en
1991, constitue un vaste projet agricole d’intérêt national. Il suffit
d’y aller pour s’en rendre compte. A cela s’ajoutent les grands travaux
réhabilitation de la grande mosquée de Touba et de la sainte ville qu’il
entreprit sous la supervision de son fils talibé Serigne Moustapha
Saliou Mbacké.
Sa piété exemplaire, sa sérénité légendaire, son rayonnement
spirituel, sa disponibilité et ses contacts simples et directs, lui
permirent de briller sur toute la Ummah islamique sans pour quitter le
Sénégal, contrairement à son jeune frère et fils cadet de Serigne Touba
(Psl) le Cheikh Mouhamadou Mourtada Mbacké dont l’œuvre s'est étendue au
monde entier à travers les visites annuelles qu'il accomplissait aux
quatre coins du globe pour répandre et revivifier le message de l'Islam
et les enseignements de son illustre et vénéré père.
Cheikh Saliou fut au service de toute la communauté musulmane
faisant assidûment preuve dans tous ses actes et propos, d’une humanité,
d'une piété et de Vertus remarquables qui le firent aimer et respecter
de tous. Il incarnait cette fonction de régulation sociale dont le
Sénégal a tellement besoin, surtout en ces temps troublés. Pour preuve,
les évènements sociopolitiques qu’il assista durant son magistère ne
l’ont point ébranlé et, jamais, il ne prit une quelconque position.
Son existence sur terre se distingua par une remarquable ardeur et
une forte détermination à l'acquisition de la science, par un fort
attachement à l'orthodoxie et à la Sunna du Prophète (Psl), par la
tempérance et le détachement des vanités du bas monde et bien d'autres
vertus procédant d'une Faveur divine particulière. On reconnaissait déjà
en lui, dés son jeune âge, l'essentiel des qualités dévolues aux
saintes éminences, celles des grands Hommes de Dieu appelés à réaliser
des destinées exceptionnelles. Ainsi, il hissa, pendant 17 ans (de 1990 à
2007), le drapeau du Mouridisme et les enseignements du Cheikh à un
niveau difficilement atteignable. À ce titre, la communauté mouride lui
en saura éternellement gré !
Cheikh Saliou capitalisait d'autant plus l'attachement
extraordinaire des disciples mourides en ce sens qu'il fut le dernier
fils vivant de Serigne Touba Khadimou Rassoul (Psl) sur terre et
représentait ainsi aux yeux de beaucoup d'entre eux, inconsciemment ou
non, le dernier maillon du second cycle de vie de leur communauté. D’où
cette panique et consternation, lorsqu’au lendemain du 28 décembre 2007,
tous se réveillèrent abattus et incrédules à l’annonce de la
disparition de Cheikh Saliou Mbacké; comme ce fut exactement le cas
lorsque Dieu, en 632 à Médine, rappela à ses côtés le Prophète Mouhamed
(Psl) (cf. notre contribution sur la quintessence du Grand Magal de
Touba paru dans le journal Sud quotidien du mercredi 11 février 2009).
Et la nouvelle était difficile à admettre pour beaucoup de Sénégalaises
et Sénégalais surtout habitués à sa figure rassurante et paternelle, à
ses vertus remarquables et stables qui ramenaient toujours la concorde
sociale, la paix et la sérénité.
Par ce qui précède, il nous parait essentiel de rendre César à ce
qui lui revient et c’est le lieu, à travers notre contribution, de
rendre hommage à un Homme de Dieu qui, pendant 17 ans de Califat, porta
admirablement le flambeau du Mouridisme sans complainte ni reproche,
sans erreur ni faille, sans faiblesse ni hésitation avec une extrême
indulgence et une telle compassion qu’il vouait à ses condisciples
mourides, à ses frères musulmans et à tous les croyants.
Ne leur disait-il pas au cours ses sermons invariables frappants
de concision, à l'instar de celui-ci qu'il adressa, pour la dernière
fois, à la communauté mouride un jour de Korité, le 13 octobre 2007 à
Touba, et dont voici quelques extraits :
«Je salue tous mes frères musulmans et tous mes condisciples
mourides. Je rappelle tous mes frères musulmans, tous mes condisciples
et ma propre personne l’objet et la motivation de notre séjour terrestre
: l’Adoration de Dieu notre Seigneur». Et toujours le Cheikh de
poursuivre : «Je me repens en Dieu et implore Son Pardon en faveur de
tous mes frères musulmans…». Quelle indulgence et quelle compassion !
Point, à notre sens, ne saurait exister assurément de plus belle
illustration de l’assertion du Serviteur Eternel du Prophète (Psl): «Par
Saliou DIEU parachèvera toute mon œuvre et mon intention».
Donc, il fut le témoin et l’esprit vivant de Serigne Touba et
comme aimait à le dire Serigne Moussa Kâ (*) : « Domadi Baaye, Baaya di
Dom » les fils sont à l’image de leurs pères et les pères à l’image de
leurs fils. D’où la réincarnation totale de Serigne Touba !
Tous nos vœux d’éternité au fils de Sokhna Fatou Diakhaté !
(*) Eminent poète sénégalais en langue wolof et contemporain de Serigne Touba (Psl)
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